London

Je t’aime… moi non plus

Je n’arrive pas à trouver le sommeil en ce soir de 24 juin, ce n’est pas mon habitude moi qui normalement pars chez Morphée à peine les yeux fermés. Un méchant contre-coup s’annonce et c’est l’insomnie qui me l’indique. Ma meilleure amie, avec qui j’ai tout partagé ces 10 dernières années, mes plus belles années, vient de m’annoncer que finalement non, elle ne m’aime pas.

Et on a beau dire, c’est personnel.

Ma première impression je l’ai posté hier matin sur FB:

Genuinely surprised and absolutely gutted, this country as been my home for 10 years and I feel it just stabbed me in the back…

Après la douleur, s’annoncent la peur et l’incompréhension.

Pas la peur de ce qu’il va m’arriver, au pire je peux me marier avec Mr Cheddar et mon problème sera résolu, je connais certains membres de ma famille que ça ravirait: un bon gueuleton et enfin casée à 32 piges, après 6 ans et demi de relation ils n’en peuvent plus d’attendre et moi de leur expliquer que cette institution ne signifie rien à mes yeux. Non, c’est la peur du climat qui va s’installer, la peur de ressentir une tension dans l’air qui va affecter cette atmosphère qui justement me fait tant aimer ce pays, la peur de voir certains amis partir, non par choix mais par obligation, la peur de perdre la richesse multi-culturelle de cette ville si grisante par ses influences diverses. La peur de ne pas savoir, de voir inévitablement changer mon “chez moi” dont j’ai presque l’impression qu’on vient de me signifier la notice d’expulsion.

Puis l’incompréhension, pas vraiment besoin d’en dire plus…

Brexit mapJe sais que seulement la moitié du peuple britannique a rejeté l’UE, mais pour l’instant je n’arrive pas à faire la distinction. Je le vois comme un seul et même peuple qui est venu piétiner les plates-bandes de mon bonheur et
j’en viens même à me demander si ma belle-famille fait partie du lot, alors qu’il n’y a pas plus internationale qu’elle, mais je n’y vois plus très clair, l’émotion sans doute…

Source: BBC

Aux britanniques idiots que je connais et qui m’ont à plusieurs reprises répété, hypocritement ou non, que je suis différente parce que je suis une bonne personne et qu’ils m’apprécient…NON, je ne suis pas “une exception” parce qu’ils me connaissent ! OMG que je déteste quand on me sert cette soupe immonde, bouillon d’hypocrisie et de stupidité. Des “comme moi” il y en a des milliers, des millions, Français ou autres européens, nous ne venons pas égorgez vos fils ni vos compagnes, encore moins vous voler votre pain. Cette union s’est construite sur les cendres encore chaudes d’une ignominie, ses créateurs la voulaient gage d’harmonie et de paix entre les peuples.
Maladroitement je vous l’accorde, elle travaille à nous construire à tous un futur meilleur, un enfant ne court pas un marathon dès son premier pas et l’UE est encore une môme. Nous devrions être plus présent dans son évolution plutôt que lui jeter la première pierre, la plus importante ;  vous allez rire de la voir s’effondrer, sans réaliser le symbole qu’elle est et la situation délicate dans laquelle elle vous met, vous, moi, eux, nous, tous… oui parce que nous c’est tous…

Europeans.jpg

Je ne sais pas si la Petite Franglaise continuera d’exister, la démocratie britannique, à cause de sa moitié bigote, vient de me signifier que notre relation n’est pas réciproque.
Je suis encore sous le choc, et comme toute rupture je vais passer par différentes phases. Je sens pointer insidieusement la colère et j’ai déjà commencé à épurer mes contacts facebook pro-brexit à forte tendance UKIP, histoire de pas passer mon temps de procrastination dans une bataille virtuelle sempiternelle. Je compte bien leur signifier de vive voix ma prise de distance physique à la première occasion.
Je ne suis pas la bienvenue, je ne vais pas en plus me faire rejeter et tendre l’autre joue.

Je vais mettre la bouilloire en route, me faire un thé et regarder la pluie tomber un moment, une fois calmée je déciderai si ce pays et sa couronne méritent encore mon amour blessé.

CryingHeart

 

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Ma galette sera amère

J’ai quitté la France il y a un bon moment et je suis épanouie au Royaume-Uni.
Mon attachement à mes racines se retrouve surtout dans mon amour pour la langue de Molière et ma facilité à râler.
Par contre je fais toujours honneur à son patrimoine culinaire et ce mercredi je me sentais plus que jamais patriote, après tout c’est un de mes moments préférés de l’année: celui de la Galette des Rois!
Fan incontestée de la frangipane, je ne rate jamais cette célébration que j’honore systématiquement par une galette maison.
C’est aussi par la cuisine que j’initie Mr Cheddar à ma culture et je dois bien dire qu’il y est plutôt pas mal réceptif.
C’était d’ailleurs ainsi que je souhaitais présenter ici mes voeux pour la nouvelle année, avec ma recette de la galette accompagnée d’une photo bien alléchante.

La hâte d’être à l’heure du goûter se faisant sentir, ma pate feuilletée était étalée et je m’apprêtais à préparer ma frangipane, quand j’ai reçu un message de ma soeur: « Il y a eu un attentat terroriste à Paris, t’as vu? »
Non, je n’avais pas vu, j’avais le nez au dessus du plat à tarte vois-tu.
J’ai allumé mon PC, j’ai consulté les sites d’actualités.
Et je me suis sentie française d’une façon que je n’aurais jamais souhaitée.
J’aurais voulu éteindre mon ordi, la télé, et retourner cuisiner.
Mais mes larmes ont commencé à couler.
Les questions sont arrivées.
Pourquoi, pourquoi,
pourquoi nous agressons-nous comme ça?

Je n’ai pas fini ma galette, je serai une française gourmande une autre fois.
Aujourd’hui j’étais une française triste et une enfant de la planète bouleversée.
MrCheddar ne m’avait jamais vu réagir comme ça.
Ce mercredi 7 janvier j’ai ressenti la douleur de mon pays, j’ai pleuré pour la liberté, j’ai crains pour l’humanité.

#JesuisCharlie

Je suis Charlie Vigil London
Je suis charlie


Yo soy Charlie
Blue cockerel Trafalgar Sqaure French GatheringFlowers Je suis Charlie


Je suis Charlie

Je suis Charlie


Une (autre) bonne raison d’aller se promener à St James’ Park

Pour les touristes c’est un passage incontournable, pour les londoniens c’est un lieu qu’on aurait justement tendance à éviter, et pourtant voici une excellente raison d’aller se promener à St James’s Park ces temps-ci.

La singulière exposition extérieure « Fields of Battle – Lands of Peace 14-18 » s’y tient jusqu’au 11 novembre 2014.

C’est une exposition du photo-journaliste Michael St Maur Sheil qui a passé 7 ans à arpenter ce qu’il y a un siècle étaient des lieux de batailles atroces aux paysages ravagés et désolants.

Quand je suis tombée sur cette exposition alors que je traversais le parc le nez sur mon téléphone, je ne savais pas de quoi il s’agissait.

Intriguée, j’ai immédiatement été touchée par la beauté des photos, enchantée par la lumière, happée par la tranquillité et la paix qui se dégageaient de ces paysages fantastiques, j’ai fait une pause, rangé mon portable et me suis laissée emmener.

Et puis j’ai tiqué sur un cliché: des sillons qui m’ont un peu trop rappelé des tranchées, mais pas comme ce que j’ai pu voir, pas comme ce que l’on en connaît: ils serpentaient dans un océan de verdure, esquissant un dessin sur un canvas de toute beauté. Beauté qui tout à coup me dérangeait, puis j’ai eu la confirmation: sur ce paysage magnifique, comme surtout ceux exposés, avait inutilement coulé le sang de nos grands-parents…

Connaître l’histoire des paysages honorés par ces photographies rend ces dernières encore plus appréciables:la nature, la vie à repris ses droits et je le perçois comme un message d’espoir et trouve le titre de l’exposition très bien trouvé.

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« Sponsored by The Royal British Legion, and by kind permission of the
Royal Parks, Fields of Battle is now on display directly opposite Horse Guards, adjacent to the Guards Memorial until Armistice Day on November 11th. »

http://www.fieldsofbattle1418.org/